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- On estime le nombre de jeunes français partis faire le jihad en Syrie et en Irak désormais à environ 900. Est-ce que parce que les chiffres deviennent alarmant que vous souhaitez en parler aujourd'hui ?

Tout d'abord vous avez raison, c'est tout à fait inquiétant, c'est beaucoup, c'est trop, c'est beaucoup trop. Mais ce qui m'a frappé ces derniers jours, c'est la présence dans les médias, d'un homme, il s'appelle Mourad Benchellali, c'est un garçon qui, en 2001, a quitté Vénissieux pour rejoindre l'Afghanistan. Il s'est retrouvé en camp, pas n'importe quel camp, un camp d'entraînement d'Al Qaeda. Après les attentats du 11 septembre, il est capturé par les américains, il passe près de deux ans, je crois, à Guantanamo et puis ensuite un certain temps en prison à Fleury-Mérogis.

Mais tout ça pour dire que cet homme, aujourd'hui, veut témoigner, pour dire au jeunes français qui seraient tentés par un départ pour le jihad : "N'y allez pas". Et ça, me semble tout à fait intéressant.

- Oui, et à travers son récit, cela nous aide à comprendre un peu mieux, ce qu'il faut faire pour éviter que les jeunes ne partent.

Exactement, parce que, évidemment, dans une telle situation, un drame et un danger aussi, pour nous tous, il y a des responsabilités individuelles. Mais, ce que Mourad Benchellali met en avant aussi, d'une certaine façon et assez indirectement, ce sont les responsabilités collectives. Evidemment, la responsabilité de l'école, et on ne répètera jamais assez qu'on a tendance à se satisfaire d'un taux de réussite au Bac de 88% et on néglige le chiffre essentiel qui est que 140 000 jeunes, chaque année en France, sortent du système scolaire sans formation.

Mais ce que ce témoignage met aussi en évidence, c'est le rôle de la prison. Alors on le sait notamment depuis que Mehdi Nemmouche a commis cet horrible attentat dans le musée juif de Bruxelles, qu'il y a un radicalisme, un foyer de fondamentalisme dans les prisons, mais on apprend des choses stupéfiantes : par exemple, savez-vous qu'à Guantanamo, quand vous êtes en cellule de... de je ne sais pas comment cela s'appelle, de sécurité particulière, vous n'avez le droit qu'à un seul livre, le Coran. Un seul livre ! Comment voulez-vous, dans ce lieu que constitue la prison, qui est un lieu d'une violence, qui fabrique de la haine, finalement tous les ingrédients pour aggraver la situation et faire basculer ceux qui sont les plus fragiles dans quelque chose de plus terrible encore.

- Alors Laurence, on vient au parlement de renforcer l'arsenal répressif, on punit notamment ceux qui veulent partir. Est-ce que cela va aider ?

Je ne suis pas experte en matière de sécurité, de système policier, donc je serais prudente, mais on est tout de même un peu troublé. D'abord, c'est une atteinte à nos libertés individuelles, une atteinte à la liberté d'aller et venir, dans cette loi il y a aussi la volonté de, avant même que la justice prenne une décision, de pouvoir permettre à l'autorité policière de fermer certains sites internet; je ne suis pas certaine que la mise en avant de procédures d'exception soit la meilleure façon de satisfaire des jeunes qui sont au total à la recherche d'un idéal.

- Alors, du coup, en conclusion Laurence, qu'est-ce qu'on doit faire ?

Il faut avoir à l'esprit que beaucoup de ces jeunes sont tout simplement en besoin d'une utopie, quelque chose qui leur permette finalement de croire en l'avenir. Donc la priorité des priorité, c'est de combattre la crise, parce qu'évidemment, c'est un appauvrissement, c'est une absence de futur qui est tout à fait terrible, et puis aussi de donner un nouvel idéal. Et ce nouvel idéal ne peut passer que par une intégration, une assimilation, ça consiste à dire à ces jeunes là "Vous êtes chez vous, ici !" et donc de lutter contre l'islamophobie et de donner un sens à tous nos projets, et notamment au projet européen.

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